mardi 27 mai 2008

Un we à la tokyoite

J'ai beaucoup de retard dans le compte-rendu de mes week-end. Ils sont bien occupés sauf le dernier.
Le weekend à la tokyoite est un concept né en réaction au cycle métro-boulot-dodo qui est notre quotidien. Après nos dix heures quotidiennes d'Excel, nous aspirons à nous reposer. Refusant ce conditionnement qui a pour but la mise à disposition de nos vies au grand capital, nous, stagiaires de Tokyo, avons décidé de profiter "à fond" de nos we. Et quand il s'agit de we, nous ne sommes pas d'humeur à jouer sur les mots. Un we à fond signifie donc 72 h avec un sommeil minimal (l'explication des 72h pour les mathématiciens : nous travaillons les vendredi). Notre activité et notre dynamisme sont devenus légendaires. Nos collègues rencontrés à quatre heures du matin nous demande maintenant que sera le programme de la journée.
Le meilleur spécimen du we à la tokyoite est celui du 17 Mai.
Avec T. mon costagiaire, E. et M. les autres membres de l'équipe de choc, nous nous restaurâmes à Gonpachi. C'est un izakaya, un restaurant où vous pouvez picorer de nombreuses spécialités japonaises. Les plats étaient à la hauteur du décor, que Tarantino voulait utiliser pour Kill Bill.
Pour bien enchaîner, nous sommes allés à notre repaire habituel, le Lex, dont le décor ne serait même pas envié par le Bôb. Mais à Roppongi, il est difficile d'être difficile. Vous aurez l'occasion de découvrir ce lieu dans le récit du we dernier. Ce fut une soirée comme une autre. Quelle autre? Vous le saurez bientôt. Le soleil se lève tôt à Tokyo. Comme les Japonais il est travailleur. Malheureusement, s'il se lève plus tôt que moi, il rentre aussi plus tôt. Il n'est finalement pas si Japonais. Une fois la soirée terminée, nous allâmes à un fast-food japonais, First Kitchen, pour le traditionnel burger de fin de soirée. Le burger japonais est pour moitié au soja. Je ne peux pas dire que mon estomac saute de joie à l'idée de manger les-dits burgers, mais la modicité du coût et l'ouverture tardive ou matinale des fast-foods en font des lieux prisés. C'est là qu'on peut observer la perte totale de dignité des Japonais, complétement étalés sur les tables. Après avoir repris des forces, nous avons pris le métro pour traverser Tokyo en diagonale. Il fallait que nous arrivions suffisamment tôt pour récupérer des billets pour le tournoi de sumos. Je clame que nous sommes des surhommes mais je reconnaitrais dans un accès d'humilité que nous nous sommes endormis dans le métro et que nous avons du revenir sur nos pas. Nous fûmes malgré cela à l'heure. Après avoir retraversé Tokyo pour me changer, une petite sieste plus tard, c'était déjà l'heure de partir voir les demi-dieux. Si le sport est Japonais, ses pratiquants sont pour beaucoup étrangers. Les deux grands maîtres (Yokozuna) sont Mongols et le gagnant du tournoi auquel nous avons assisté est Bulgare. Ils sont pourtant révérés. Les Japonais ne sont donc pas si xénophobes. J'avais quelques souvenirs de match de sumos sur Eurosport. J'en avais l'image d'un sport plutôt statique. Mes préjugés furent balayés tels Baruto par Kotooshu (le Bulgare sus-cité). C'est à un enchainement de feintes, de démonstrations de force brute, de coups plus ou moins bas que nous avons pu assister. Confortablement installés au dernier rang, nous pronostiquions avec un taux de réussite bien supérieur à celui d'Omar Sharif l'issue des combats. Si les combats sont très intéressants, le rituel qui précède l'affrontement peut dure trop longtemps pour le touriste amateur de sport que je suis. Le spectacle fut néanmoins excellent. Il n'a pas fait naître de vocation, mais nous pouvons mieux comprendre la passion de notre ancien président pour ce sport. Un tel investissement émotif requiert un peu de repos. Pour bien préparer la soirée suivante, chacun regagna ses pénates pour une nouvelle courte sieste. Vous allez finir par croire que nous dormons beaucoup. Poursuivant notre investigation de la vie nocturne tokyoite, nous nous sommes cette fois rendus au Alife, un espace de vie de Roppongi. Espace de vie, car on y trouve un bar lounge, un bar, un restaurant, un salon de coiffure, manucure et maquillage ainsi qu'une boîte de nuit. Malgré son emplacement, ma clientèle est essentiellement asiatique. Il semblerait que ce soit le lieu de sortie des hôtesses des bars du quartier. Le public était amusant. Il était complétement déchainé, chantait à tue-tête et ne s'arrêtait pas de danser alors que la musique était nulle. Je dirai donc que cette soirée fut culturellement intéressante. Le temps passant, il fut l'heure de se rendre à Hakone. Hakone est un village en banlieue de Tokyo. Il est entouré de forêts de montagnes. On y trouve aussi un lac. Et par beau temps, on peut voir le Mont Fuji. Après deux heures de train, nous arrivâmes sur les lieux bien avant la horde de touristes, Japonais ou non. Le premier objectif de la journée était de faire un Onsen. Malheureusement nous étions un peu trop matinaux. En attendant son ouverture, mes compères comatèrent sur des bancs publics. J'en profitai pour visiter le village et pour goûter des pâtisseries locales. Un autre narrateur aurait pu décrire cela par "il n'y avait pas de banc disponible et il fallait bien qu'il s'occupât". Pour les ignorants, (à ceux qui seraient choqués par l'emploi de ce mot, il n'a rien d'insultant, il traduit juste un état), un Onsen est un bain thermal japonais. Il n'est pas mixte car on s'y baigne nu. C'est ce que nous avons fait. L'eau était vraiment très chaude. Je prends habituellement des bains à 45° et j'ai eu du mal à rentrer dans le bassin. E. barbotait comme aux plus belles heures de son enfance, s'aspergeant d'eau froide pour trouver un équilibre. Nous n'eûmes pas la chance de partager le bassin avec des autochtones ou tout autre personne. Ce n'est pas plus mal. Défiant les recommandations de Jean-Claude Killy, nous partîmes à l'assaut de la montagne après ce bon bain chaud. Il faut dire que nous étions aidés dans notre tâche par un système de transport qui fait la renommée du coin. Il allie train, funiculaire, télécabines, bateau et bus. C'est surtout un prétexte pour vous soutirer un maximum d'argent. Arrivés en bas de la télécabine, voyant les prix, indignés et soucieux de notre santé aussi bien que de celle de notre porte-monnaie (pour une fois), nous décidâmes de finir l'ascension à pied. Nous ne croisâmes que quelques vieux japonais munis de tout l'équipement, et comme l'indique le mot croiser, ils descendaient. Sur cette montagne, on rencontre des émanations de soufre. Après une marche courte mais harassante, nous sommes tombés sur la source de ces émanations, transformé en Disneyland de l'oeuf pourri. Car dans un endroit qui sent le fils de la poule encore à l'état d'embryon pourri, que font les Japonais? Ils vendent des oeufs durs et des glaces à l'oeuf. Et il y a d'autres Japonais pour acheter tout ça. Des génies du commerce, je vous dis! Le ciel sombre ne nous encourageant pas à poursuivre plus avant notre exploration des environs, nous rentrâmes à Hakone où nous prîmes le train pour Tokyo. Tout ça pour arriver à neuf heures à la maison. Il me restait encore à rédiger une lettre de motivation pour un Teaching assistantship que je n'aurais jamais. Je ne préfère pas vous dire l'heure à laquelle je me suis couché. Il vous suffira de savoir qu'en 4 jours, j'ai dormi dix heures.
Il faudrait que je relise ce message, mais je verrai ça plus tard.

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