mercredi 7 mai 2008

Trader, un métier?

Mon anticonformisme primaire m'oblige à aller à contre-courant l'opinion populaire. Oui, un trader exerce un métier et même plusieurs. C'est un homme-orchestre. Un homme qui par son travail vous permet de faire un emprunt, de toucher une retraite, de recevoir miraculeusement sur votre livret A un taux supérieur à l'inflation. C'est lui qui paye par ses impôts, malgré des montages fiscaux subtils et des comptes en Suisse, la scolarité de vos enfants. Ce bienfaiteur, cet agent d'un libéralisme idéal, ce philantrope n'est pas un magicien. L'argent qu'il fait gagner et dont il reçoit une partie est le fruit d'un travail minutieux et d'un de chance. A la place de tomber sur la pénicilline, il fait un bon investissement. Les conséquences sont différentes mais le principe est le même.
Un trader est chef d'une petite entreprise. C'est lui qui décide, dans les limites de l'enveloppe allouée par son supérieur, de l'investissement en personnel (développeurs, stagiaires, très importants les stagiaires), en matériel (ordinateurs, lignes haut débit, écrans....). Il décide de la stratégie de l'"entreprise". Il dirige la recherche et le développement, car si des singes font mieux que certains traders, je doute qu'ils arrivent à faire 8% par jour sur une année. C'est le directeur des ressources humaines. En tant que bon client de brokers, il est traité par ces derniers comme un directeur des achats d'une grande boîte. Il doit gérer des personnalités à l'ego parfois hypertrophié ainsi que la répartition de belles sommes d'argent (si le desk est bon). Et comme tout entrepreneur, si son entreprise ne marche pas. Il ne reçoit rien et son desk est viré. J'espère qu'après cette description, vous voulez tous devenir traders.
Si l'on regarde au delà du gain immédiat, on peut malgré tout s'interroger sur l'intérêt pour l'humanité de cette profession, surtout lorsqu'on écoute les intéressés. Combien de mathématiciens potentiels attirés par l'argent finissent là, combien de physiciens qui délaissent la bombe à neutrons exercent ce métier, combien de futurs prix nobels qui ne le seront jamais. Je vous rassure tout de suite, pas beaucoup. je parle des derniers nommés bien sûr. Par contre, mon école étant à l'extérieur la garantie d'une solide formation, je me retrouve, aux pots du vendredi soir, auditeur attentif d'exposés sur les matrices de projections aléatoires. Je ne dis pas que je n'y comprendrai rien si j'étudiais le sujet. Mais là, désolé, je ne peux qu'hocher la tête en savourant le champagne offert par ces scientifiques dévoyés.

1 commentaire:

Unknown a dit…

Finalement c'est peut-être moins néfaste que la bombe à neutrons...La profession remonte dans mon estime...